{"id":233752,"date":"2013-10-11T13:25:50","date_gmt":"2013-10-11T12:25:50","guid":{"rendered":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/?p=233752"},"modified":"2025-12-02T13:50:55","modified_gmt":"2025-12-02T13:50:55","slug":"portrait-dun-client-liberation-du-trou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/portrait-dun-client-liberation-du-trou\/","title":{"rendered":"Sortir du trou"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Si vous voulez savoir ce qu'on entend par \"logements insalubres\" et comment on vit avec des propri\u00e9taires asociaux, parlez \u00e0 Monsieur K.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\"C'\u00e9tait tout simplement un 'trou'\", s'enflamme Monsieur K. lorsqu'il se souvient de son ancien appartement de la Br\u00fcggstrasse \u00e0 Bienne. Il r\u00e9gnait une ambiance hostile dans la maison : il y avait du bruit, des disputes, des bagarres et des deals de drogues douces et dures. La police n'h\u00e9sitait pas \u00e0 intervenir. Le chauffage tombait parfois en panne pendant huit jours, m\u00eame en hiver, et l'eau chaude avec. Monsieur K., log\u00e9 sous le toit mal isol\u00e9, s'enveloppait dans des couvertures et ne pouvait toujours pas se r\u00e9chauffer. La liste des d\u00e9fauts \u00e9tait \u00e9galement longue et aga\u00e7ante : le four ne fonctionnait pas et dans la buanderie, que les locataires de trois immeubles se partageaient, il y avait tout juste une machine \u00e0 laver. Les bo\u00eetes aux lettres vides d\u00e9bordaient de papiers de toutes sortes. Devant l'immeuble s'entassaient des objets m\u00e9nagers mis au rebut, sans qu'il soit question d'un r\u00e8glement des d\u00e9chets. Il n'y avait pas de concierge, quelqu'un poussait de temps en temps une tondeuse \u00e0 gazon autour de la maison, c'est tout. Ce qui a particuli\u00e8rement agac\u00e9 Monsieur K., c'est que bien qu'il ait pay\u00e9 le raccordement Cablecom via les charges, il n'a bient\u00f4t plus eu ni t\u00e9l\u00e9vision ni connexion Internet. Le bailleur n'avait pas pay\u00e9 la facture. Mais il a continu\u00e9 \u00e0 facturer les frais annexes. Lorsque Monsieur K. a \u00e9voqu\u00e9 avec le bailleur les diff\u00e9rents d\u00e9fauts de l'immeuble et les d\u00e9saccords dans la relation de location, celui-ci a promis de s'am\u00e9liorer, de mani\u00e8re plus ou moins cr\u00e9dible. Par la suite, il n'a plus envoy\u00e9 que son adjoint, jusqu'\u00e0 ce que celui-ci ne se manifeste plus non plus. Un jour, Monsieur K. en a eu assez. Il s'est adress\u00e9 \u00e0 l'office des locations et une proc\u00e9dure de conciliation a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e. Le bailleur a envoy\u00e9 son avocat, qui a tent\u00e9 d'embellir les choses. Monsieur K. a tout de m\u00eame obtenu gain de cause aupr\u00e8s de l'office. Il s'est vu rembourser 250 CHF pour ses d\u00e9marches et le bailleur a \u00e9t\u00e9 pri\u00e9 de rem\u00e9dier aux d\u00e9fauts. Par la suite, il ne s'est rien pass\u00e9 : toujours rien... Les d\u00e9fauts ont persist\u00e9. Monsieur K. s'adresse \u00e0 nouveau \u00e0 l'office de conciliation, mais celui-ci lui r\u00e9pond qu'il ne peut d\u00e9sormais plus rien obtenir. Monsieur K. pourrait porter l'affaire devant un tribunal, mais m\u00eame si une telle d\u00e9marche \u00e9tait gratuite, il craint les \u00e9ventuels frais de justice, car il est assis sur une montagne de dettes. Et cette montagne de dettes est arriv\u00e9e ainsi : Monsieur K. est cuisinier et boucher de formation, il a obtenu le brevet de restaurateur et s'est perfectionn\u00e9 dans le service. C'est un homme polyvalent. A la fin des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, il a tent\u00e9 sa chance en tant qu'entrepreneur. Il a repris un centre de billard \u00e0 Berne, a assur\u00e9 son personnel contre les accidents et la perte de salaire conform\u00e9ment \u00e0 la loi, mais s'est oubli\u00e9 en tant que propri\u00e9taire de l'entreprise. Monsieur K. ne s'aper\u00e7oit de cette omission que lorsqu'il est absent pendant plusieurs mois en raison d'une l\u00e9sion dorsale et qu'il doit se rendre \u00e0 Crans-Montana pour y suivre une r\u00e9\u00e9ducation. Pendant la dur\u00e9e du traitement, les frais commerciaux et de sant\u00e9 s'accumulent, mais le salaire ne rentre plus. Lorsque Monsieur K. est r\u00e9tabli au point qu'il aurait pu travailler, la montagne de dettes qui le submerge est telle qu'il doit d\u00e9poser le bilan. C'\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s au tournant du mill\u00e9naire. Monsieur K., p\u00e8re de deux enfants et divorc\u00e9 de sa femme, continue \u00e0 souffrir physiquement apr\u00e8s son accident dorsal et sombre dans la drogue. Il se retrouve \u00e0 l'office social, passe par l'un ou l'autre programme d'occupation, il se pla\u00eet particuli\u00e8rement \u00e0 l'Unicef, il est responsable du magazine, il construit une infrastructure solide. Mais lorsqu'il demande \u00e0 \u00eatre embauch\u00e9, il apprend qu'il est trop jeune pour cela : Seuls les quinquag\u00e9naires ou les plus \u00e2g\u00e9s seraient embauch\u00e9s \u00e0 l'\u0153uvre sociale, donc ceux qui ont particuli\u00e8rement de la peine \u00e0 trouver un emploi. C'est ce que raconte Monsieur K. Monsieur K. est une personne instable, mais il n'est pas tomb\u00e9 \u00e0 cause de ses revers. Mais c'est le conflit avec son propri\u00e9taire qui l'am\u00e8ne au bord du d\u00e9sespoir et qui ne tarde pas \u00e0 passer \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure. Monsieur K. est menac\u00e9 de licenciement parce que le loyer est soi-disant impay\u00e9 depuis trois mois. Le loyer de Monsieur K. a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par les services sociaux, une pratique que le conseil municipal veut modifier pour des raisons politiques - ce qui aura pour cons\u00e9quence qu'il sera encore plus difficile pour de nombreux b\u00e9n\u00e9ficiaires de l'aide sociale de trouver un logement acceptable. Monsieur K. se procure des extraits de compte et prouve au bailleur que le loyer a \u00e9t\u00e9 vers\u00e9 sans interruption par les services sociaux. En r\u00e9ponse, l'avocat du bailleur r\u00e9clame une garantie de loyer que les services sociaux ne fournissent en principe pas. Le bailleur se voit ainsi autoris\u00e9 \u00e0 r\u00e9it\u00e9rer la menace de r\u00e9siliation de mani\u00e8re encore plus s\u00e9v\u00e8re. Monsieur K. s'adresse plusieurs fois au service social en d\u00e9sespoir de cause, mais les responsables lui r\u00e9pondent qu'ils ont les mains li\u00e9es ; malheureusement, les pouvoirs publics sont tributaires d'immeubles aussi mal fam\u00e9s et de leurs bailleurs irrespectueux, qui font actuellement la une des m\u00e9dias. \"Cette d\u00e9claration m'a presque fait perdre connaissance\", dit Monsieur K. Mais d'une mani\u00e8re ou d'une autre, il a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter la chute. \"Je suis un adulte\", dit-il. \"Je sais ce qui se passe si je me laisse aller\". Il n'a cess\u00e9 de se regarder dans le miroir et de se persuader de r\u00e9sister aux drogues dures. Heureusement pour lui, malgr\u00e9 une situation de vie difficile, Monsieur K. a un r\u00e9seau social qui fonctionne : quelques amis, peu nombreux mais proches, et une bonne relation avec son ex-femme, sa fille et son fils. Un coll\u00e8gue recommande finalement \u00e0 Monsieur K. de chercher du soutien aupr\u00e8s de Casanostra.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quel propri\u00e9taire veut M. K. ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Casanostra s'occupe du cas de Monsieur K. dans le cadre de l'offre de pr\u00e9vention \"Wohnfit\", avec pour objectif d'\u00e9viter la menace de r\u00e9siliation et donc la perte du logement. D'autre part, pour Nicole Aegerter, assistante sociale de Casanostra, il ne fait aucun doute que la situation de logement de Monsieur K. est tr\u00e8s p\u00e9nible et qu'elle devrait \u00eatre modifi\u00e9e le plus rapidement possible. Elle opte pour une double tactique : elle aide le locataire \u00e0 s'accommoder de sa gestion tout en cherchant un nouveau logement. Cette derni\u00e8re d\u00e9marche reste toutefois infructueuse. Monsieur K. a envoy\u00e9 plus de 70 candidatures. Il n'obtient pas d'appartement qui aurait \u00e9t\u00e9 meilleur que celui de la Br\u00fcggstrasse - \u00e0 cause de son extrait de registre des poursuites et de son statut de b\u00e9n\u00e9ficiaire de l'aide sociale ; pour de nombreux bailleurs, ces derniers sont d'embl\u00e9e li\u00e9s \u00e0 de trop grands risques et donc ind\u00e9sirables. Quant aux appartements que Monsieur K. aurait pu avoir, il estime qu'ils sont parfois encore pires que ceux qu'il a occup\u00e9s. \"Il y a des appartements \u00e0 Bienne qui sont dans un \u00e9tat incroyablement mauvais\", confirme Aegerter. \"On ne le croit que lorsqu'on les a vus\". Les propri\u00e9taires de tels immeubles d\u00e9labr\u00e9s acceptent tr\u00e8s volontiers les b\u00e9n\u00e9ficiaires de l'aide sociale en location, car ils obtiennent ainsi des revenus locatifs garantis sans devoir investir un franc dans leur bien immobilier. Et ils peuvent agir avec leurs locataires comme bon leur semble. Pour Monsieur K., la recherche d'un logement est rendue encore plus difficile par les conditions de r\u00e9siliation insidieuses : un d\u00e9lai de quatre mois avec seulement deux dates de r\u00e9siliation par an. Sur une p\u00e9riode aussi longue, il est difficile de trouver un nouveau logement. Les logements libres sont g\u00e9n\u00e9ralement annonc\u00e9s au plus tard trois mois \u00e0 l'avance. Monsieur K. n'a pas d'autre choix que de prendre un risque financier s'il veut changer de logement. Lorsqu'il r\u00e9silie son contrat de location \u00e0 la fin du mois de juin, il ne sait pas encore o\u00f9 il pourra habiter \u00e0 partir de novembre. Il ne trouve pas non plus ce qu'il cherche sur le march\u00e9 libre de la location au cours des mois suivants. Finalement, un appartement se lib\u00e8re par hasard fin octobre dans un immeuble de Casanostra \u00e0 la Mettstrasse. Monsieur K. emm\u00e9nage le 1er novembre. Il ne reste plus qu'\u00e0 c\u00e9der l'ancien appartement. Une t\u00e2che p\u00e9nible que l'assistante sociale de Casanostra assume pour Monsieur K.. Par trois fois, elle est d\u00e9plac\u00e9e par l'administration, elle attend en vain dans le froid devant l'immeuble d\u00e9labr\u00e9. Finalement, elle re\u00e7oit l'instruction de remettre les cl\u00e9s de l'appartement \u00e0 une serveuse du noble h\u00f4tel Plaza - l\u00e0 o\u00f9 l'administrateur a l'habitude de prendre son d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Petits plaisirs quotidiens<\/h2>\n\n\n\n<p>L'appartement que Monsieur K. occupe dans la maison Casanostra n'est pas luxueux, mais il est fonctionnel. Ce qui doit fonctionner fonctionne. Monsieur K. ma\u00eetrise son m\u00e9nage. Du point de vue de Casanostra, l'homme fiable est aussi un locataire fiable. Apr\u00e8s une op\u00e9ration de la hanche, il lui est de plus en plus facile de g\u00e9rer le quotidien. Et se plaindre n'est de toute fa\u00e7on pas sa tasse de th\u00e9. Pour l'assistante sociale de Casanostra, il semble qu'elle ne devra bient\u00f4t plus rendre visite \u00e0 Monsieur K. que deux fois par mois au lieu de quatre, afin de soutenir son int\u00e9gration dans l'immeuble et la consolidation de sa situation personnelle. Monsieur K., 47 ans, ne se fait pas d'illusions sur son avenir. \"Je ne pourrai plus me d\u00e9barrasser de mes dettes et je ne trouverai probablement plus de travail r\u00e9gulier\". Au lieu de se laisser aller \u00e0 des r\u00eaves ambitieux, il se r\u00e9jouit quand le quotidien r\u00e9ussit : deux fois par semaine, un travail utile \u00e0 la cuisine de rue, o\u00f9 il c\u00f4toie des gens. Entretenir des amiti\u00e9s du mieux qu'il peut. Et vivre dans un appartement o\u00f9 il est possible de vivre d\u00e9cemment.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Enregistr\u00e9 en octobre 2013<\/em><\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si vous voulez savoir ce qu'on entend par \"logements insalubres\" et comment on vit avec des propri\u00e9taires asociaux, parlez \u00e0 Monsieur K.<\/p>","protected":false},"author":12,"featured_media":233741,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"off","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","footnotes":""},"categories":[29],"tags":[],"class_list":["post-233752","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-portraits"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/233752","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=233752"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/233752\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/233741"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=233752"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=233752"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.casanostra-biel.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=233752"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}